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Après avoir passé sont DNAT à l’Ecole Supérieure d’art d’Epinal, Grégoire Carlé sort diplômé d’un DNSEP illustration à la HEAR Strasbourg en 2007. Repéré très tôt par l’Association, il y publie plusieurs albums de bandes dessinées tels que la trilogie Baku, La Nuit du Capricorne, Philoctète et les Femmes, ou encore Trou Zombie. Il a également réalisé les décors du court métrage La Nuit des sacs plastiques, distingué d’un César du court métrage d’animation en 2020.

Entretien mené par Doriane Spiteri.

Pourquoi avoir poursuivi vos études aux Arts Décoratifs de Strasbourg ? Aviez-vous déjà la volonté de devenir auteur de bande dessinée ?

Après mon DNAT à l’Ecole Supérieure d’art d’Epinal, je ne me sentais absolument pas prêt à entrer dans la vie active. Je me suis présenté à l’entretien des équivalences à la HEAR (à l’époque les arts déco) pour poursuivre mon cursus en 4ème année dans l’atelier d’illustration et j’ai eu la chance d’être accepté. Je n’étais pas certain du tout de devenir auteur de bande dessinée, ça me paraissait même difficilement atteignable à court et moyen terme. Dans un premier temps, je me voyais plutôt illustrateur, répondre à des commandes, même si je faisais déjà beaucoup de bande dessinée. Ce sont des concours de circonstances à l’époque qui m’ont amené à prendre une direction plus « radicale ».

Vous avez rencontré Jean-Christophe Menu, co-fondateur de la maison d’édition L’Association, lorsqu’il était jury de votre DNSEP. Il vous a rapidement contacté alors que vous étiez à peine sorti de l’Ecole, comment avez-vous négocié votre contrat ? Avez-vous fait appel à un avocat, demandé des conseils ?

Je n’ai absolument pas négocié mon contrat et encore moins fait appel aux services d’un avocat. A l’Association, les contrats peuvent varier en fonction des collections, mais ce sont les mêmes pour tout le monde, que ce soit un auteur fraîchement diplômé ou Lewis Trondheim. Mais pour ce dernier, le premier tirage sera évidemment un peu plus conséquent…

Vous avez également publié plusieurs bandes dessinées avec les éditions Dupuis. Quel est votre rapport avec les maisons d’édition et est-ce que cela peut poser des problèmes d’en avoir plusieurs ?

En ce qui concerne les contrats, le fonctionnement est le même chez Dupuis. Dupuis appartient à un grand groupe, mais je publie dans la collection Aire Libre qui fait un peu sa vie à part et je suis en contact régulier avec mon éditeur pour lui faire part de l’avancée de mon travail, mais sans pression ni impératifs de sa part. Là, il sait que je suis sur un projet de roman graphique au long cours particulièrement immersif et il me laisse le temps de faire maturer les choses. Au moment de la sortie du livre, on passe du temps en amont avec les graphistes, puis pendant quelques semaines c’est mon attaché-presse qui prend le relais.
Non cela ne pose aucun problème d’avoir plusieurs maisons d’édition, au contraire, cela peut vous amener des publics différents.

Avez-vous rapidement pu vivre correctement de votre seule activité d’artiste-auteur ? Combien touchez-vous de pourcentage sur les livres, quelles sont les parts qui reviennent à l’auteur, au distributeur, etc. ?

Il a fallu attendre que je signe chez Dupuis pour vivre uniquement de mon activité d’auteur. Disons que l’Association me le permettait indirectement dans la mesure où cela m’ouvrait des portes pour différents travaux annexes : ateliers, workshops, cours. J’ai d’abord été prof et intervenant par nécessité pour payer mon loyer à Paris. Il s’agissait alors de ma source de revenu principale puis j’y ai pris goût. Depuis 4 ans environ, mon temps de travail est pris à 100% par le dessin, même si j’aime bien animer un atelier de temps en temps, cela fait du bien de sortir la tête de son travail. Mais ces ateliers annexes ont un peu disparu depuis la covid… Concernant les revenus c’est très variable, que je fasse 120 ou 200 pages sur mon album, je reçois la même enveloppe de Dupuis, à moi de faire en sorte à ce qu’elle me tienne jusqu’au bout. Pour les pourcentages, 10% à l’Association, 8 chez Dupuis, (à diviser par 2 si l’on travaille avec un/e scénariste). Ces pourcentages augmentent plus on vend de livres. Je n’ai plus les chiffres exacts en tête, mais ces parts augmentent au fur et à mesure que l’on avance dans la chaîne du livre, la plus grosse part revenant au libraire, ensuite au distributeur, puis à l’éditeur et pour finir à l’auteur, comme à peu près n’importe quel autre produit non culturel…

Comment vous saisissez-vous de la gestion administrative de votre activité ? Faites-vous appel à un comptable ?

Non je n’ai pas de comptable. Au début, la gestion administrative est un vrai casse-tête, on n’y est pas du tout préparé, mais bon, si un jour nous avions eu un cours là-dessus, je pense que personne n’y serait allé. Avec les années, à force, ça finit par rentrer !

Que pensez-vous des revendications liées la rémunération des dédicaces ?

Pour les dédicaces, on aimerait bien-sûr tous avoir quelque chose, car cela représente un gros investissement de temps et d’énergie (il ne s’agit pas de faire une petite signature et l’exercice est réellement épuisant) et ça tombe évidemment quand on a tiré sur la corde pour finir son album, donc une rétribution serait la bienvenue… Si je dédicace 20 albums à 30€, ce que je gagne est insignifiant, en revanche la librairie a réalisé une très bonne opération en 2h. Mais si on fait payer les libraires, le piège c’est que l’on risque de ne retrouver plus que les très gros vendeurs en dédicace, il faut réfléchir à un système où tout le monde s’y retrouve.

Vous avez également dessiné les décors du court métrage La nuit des sacs plastiques réalisé par Gabriel Harel, lui aussi passé par l’Ecole Supérieure d’art d’Epinal, pour lequel vous avez reçu un César cette année. Est-ce que cela a changé quelque chose pour vous de recevoir ce prix ?

Pas vraiment. Dans la foulée du César, j’avais été contacté par une importante production anglaise pour travailler sur un clip. Cela ne s’est finalement pas fait, mais je suis toujours en contact avec eux.