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Fondée en 2018, First Laid est une maison d’édition indépendante. Elle est composée de Louise Cirou, Thomas Collinet, Zoé Sylvestre, Jesse Wallace et Clémence Warnier. Quatre d’entre eux sont diplômés de l’ESAD de Reims (DNSEP art et DNAP graphisme). Ils mènent avec First Laid des projets de publications et d’expositions ayant pour objectif la diffusion du travail d’artistes émergents.
Cette année, ils ont notamment organisé l’exposition « Levée de drapeaux #2» avec l’artiste Caroline Chauvelot à Paris en juin, ou encore en septembre « Ce qui ne tourne pas, tombe. » édition et exposition collective à l’Espace Niemeyer à Paris.

Entretien mené par Doriane Spiteri.

Comment s’est passée pour vous la transition entre le diplôme et la vie professionnelle ?

Elle a été différente pour chacun car nous n’avons pas tous eu le même parcours mais le démarrage dans le milieu artistique n’est pas toujours évident et prend du temps. Une chose est sûre, le fait d’être en groupe, soudés, nous a beaucoup aidé. Nous nous sommes portés les uns les autres. Seul, c’est certainement encore plus difficile, le groupe aide beaucoup.

Comment est né votre projet de maison d’édition First Laid ?

C’est à la sortie du diplôme en 2017, entre Bruxelles, San Francisco et Paris que l’idée a germé entre Thomas, Zoé et Jesse de créer une maison d’édition. En effet, nous avons réalisé que cette forme de production collective cristallisait les aspirations pluridisciplinaires de chacun.
En février 2018, Jesse rentrait à Paris d’un voyage de deux ans aux Etats-Unis, rapatriant avec lui une somme importante de photographies réalisées entre le nord de la Californie et l’archipel d’Hawaï.
Cette matière photographique constituait alors le point de départ d’un travail éditorial finalisé en juin 2018 lors de l’exposition / lancement de la publication « No dents, dings, or scratches ».

Quelle est la structure de votre maison d’édition et comment fonctionne-t-elle financièrement ?

First Laid est une association. Il s’agissait de la structure la plus simple au moment de sa création et celle qui présentait le moins de contraintes financières et administratives pour commencer ce projet.
Nous commençons tout juste à faire des demandes de subventions. Nos projets et ambitions grandissent, nous avons donc besoin de plus de fonds. À l’origine, First Laid était un prétexte pour faire, tout de suite, nous n’avions pas la patience d’attendre des subventions (qui sont aussi une charge administrative importante). Nous auto financions donc les projets en travaillant chacun à côté et produisions à petit nombre d’exemplaires.

Aujourd’hui, First Laid reste auto financé (sauf lorsque nous sommes invités comme pour « Ce qui ne tourne pas, tombe. » par exemple). Les recettes des ventes des éditions d’une exposition financeront l’impression de la prochaine. Nous mettons aussi de notre poche quand nous le pouvons.

Quels sont vos rôles respectifs dans ce collectif ?

Zoé Sylvestre et Louise Cirou sont graphistes et sont donc en charge de la création graphique. Clémence Warnier est chef opérateur dans le cinéma, elle assure donc l’éclairage et les créations lumineuses des expositions. Thomas Collinet et Jesse Wallace sont eux artistes mais travaillent également dans la création de décors. Ils imaginent donc généralement les installations. Cela étant dit, nous sommes très soudés, et parlons de tout ensemble. Même si nous savons nous reposer les uns sur les autres, nous sommes tous directeurs artistiques de First Laid et prenons les décisions importantes ensemble.

Vous avez donc une activité de vente de publications, fonctionnez-vous avec des diffuseurs ?

Nous vendons principalement nos éditions durant nos évènements mais nous avons également un site marchand. Nous sommes en discussion actuellement pour des contrats de diffusion avec des structures.

Rémunérez-vous les artistes et autres professionnels avec lesquels vous travaillez sur les projets de publications et d’expositions ?

Cela dépend de nos possibilités. Jusqu’à présent, nous avons travaillé avec des artistes dont nous sommes proches et de manière assez spontanée. Nous avons donc payé ceux que nous pouvions payer après la vente des éditions mais ce n’est pas toujours le cas.

L’idée de départ de First Laid était d’avancer ensemble, avec nos amis artistes fraichement diplômés comme nous et de les aider à promouvoir leur travail, de trouver des lieux où exposer et investir dans une publication. Nous ne les rémunérions pas à proprement parler mais c’était un échange de bon procédé.

Aujourd’hui les choses sont en train de changer. Nous travaillons de plus en plus avec des artistes que nous connaissons moins bien. Nous augmentons le nombre d’exemplaires dans certains cas, faisons des multiples dans d’autres. Nous commençons donc à rédiger des contrats, à convenir de rémunérations et de droits d’auteur, etc.

Etes-vous rémunérés pour votre activité de commissariat lorsque vous réalisez des expositions pour des lieux ?

Cela dépend des lieux, il n’y a pas de règle. Parfois, ce sont les petites structures qui peuvent rémunérer et les grosses qui ne le font pas…

En dehors de votre activité avec First Laid, vous menez également vos propres projets professionnels. Parvenez-vous à vivre correctement de vos pratiques artistiques ou avez-vous un travail alimentaire ?

Nous sommes tous auto-entrepreneurs d’un côté, certains artistes-auteurs de l’autre.
Nous n’avons pas tous la même pratique mais les métiers artistiques demandent beaucoup de travail et de volonté pour pouvoir avoir des projets personnels qui nous plaisent. Deux d’entre nous sont graphistes et répondent à des commandes graphiques pour vivre, les deux artistes font du montage d’expositions et la dernière travaille pour le cinéma depuis presque 10 ans et n’a donc pas de travail alimentaire.

Nous faisons tous des projets de commande (ce qui pourrait s’apparenter à des boulots alimentaires) qui ne nous plaisent pas forcément mais qui nous font manger et nous permettent de poursuivre First Laid.

Plus d’informations :

www.firstlaid.fr