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Emilie Vast est diplômée en 2003 d’un DNSEP de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design de Reims. Illustratrice, autrice et plasticienne, elle s’inspire de la nature pour créer ses livres. Elle publie de nombreux livre jeunesse aux éditions Memo, tels que Engloutis ! (2019), Je veux un super-pouvoir (2020) ou La Maison de l’ourse et tout ce qu’elle contient (2020). Certains de ses albums sont traduits et diffusés dans plusieurs pays (Etats-Unis, Allemagne, Mexique, Chine, Corée ou Italie).

Entretien mené par Doriane Spiteri.

Pourquoi avoir choisi l’ESAD Reims pour faire vos études ? Aviez-vous déjà une idée de l’orientation que vous alliez prendre ?

J’ai choisi l’ESAD car à l’époque, je souhaitais m’orienter dans le design et c’est une bonne école pour cela. De plus par pragmatisme, j’ai choisi cette école parce qu’elle ne m’éloignait pas de mes parents, je n’étais pas encore une grande fille à l’époque !

Donc comme vous pouvez le comprendre, je n’avais pas du tout une idée claire de mon devenir. Déjà, je venais d’un bac S option bio, mais en jetant un œil rapide sur les facs de sciences, j’ai vite compris que ce n’était pas pour moi. J’avais conservé dans mon jardin secret, un amour pour l’art et le dessin et c’est remonté à ce moment-là. Une cousine, plus âgée, était rentrée en école de design à Saint-Etienne et cela m’a fait tilt…

Finalement au bout d’un an d’étude, je me suis vite aperçue que je n’étais pas tellement intéressée par le design, mais plus par la photographie. Je suis passée de la section design, à la section art (la section graphisme, n’existait pas encore, quel dommage !).

Comment en êtes-vous venue à vous diriger vers l’écriture et l’illustration jeunesse ?

A l’école, je ne dessinais pas, on m’avait soumis l’idée que ce n’était pas mon « truc » …
Diplôme en poche, j’ai réalisé qu’il n’allait pas être facile de gagner sa vie juste en étant artiste plasticienne. Je me suis alors quelque peu improvisée graphiste. Et par nécessité, je me suis attelée seule à l’apprentissage de l’indispensable logiciel « Illustrator ». Et ce fut étrange, car malgré la relative difficulté du software et normalement de mon absence de patience, ça m’a happé ! Je découvrais une nouvelle façon de dessiner : le vecteur. C’est comme si cela me permettait enfin de dessiner comme je l’avais toujours rêvé, un dessin net, tout en courbes lisses avec de beaux aplats… Il faut dire que mes influences principales étant l’art nouveau et l’art déco, cette méthode me permettait de m’en rapprocher plus que mes tracés à la main.

Me voilà donc, à peu près graphiste, pas une bonne graphiste, mais suffisamment correcte pour faire de petits boulots, et bidouilleuse de petits dessins que je plaçais par ci par là.

Ce qui a fait de moi réellement une illustratrice jeunesse, c’est ma rencontre avec l’autrice Anne Mulpas, elle m’a proposée un texte pour que je l’illustre, un challenge accepté. C’est devenu un livre édité, j’ai vu mon nom sur la couverture, j’ai chopé le virus !
L’écriture, c’est venu plus tard. Mon éditrice de chez MeMo, Christine Morault, m’a challengée à son tour : « Essaye d’écrire des histoires seule, je suis sûre que tu peux, il y a déjà de la narration dans tes dessins, il te suffit d’ajouter des mots ». A priori, j’ai réussi…

Vous vivez donc toujours à Reims, quel est votre environnement de travail actuellement ?

Oui, jamais partie ! Par suite de concours de circonstances, et puis, on peut travailler de partout dans ce métier, autant resté près de sa famille et de ses amis. Je travaille très confortablement depuis chez moi.

Vous publiez la plupart de vos albums aux éditions Memo, comment avez-vous été approchée par cette maison d’édition ?

Ce n’est pas eux, mais moi qui les ai approchés. La sortie de mon premier livre ne s’était pas bien passée, le livre marchait, mais la maison d’édition avec laquelle on avait signé a très vite coulée ! Il fallait repartir de zéro. Et ce ne fut pas facile, car l’on était à une époque où le dessin vectoriel était encore mal vu. J’ai eu beaucoup de refus.

Et puis à Montreuil, je suis tombée sur le stand de MeMo, j’y ai vu des livres faits avec ma technique, je me suis dit qu’ici au moins on ne me refuserait pas mon procédé. J’ai regardé leurs livres, vu les beaux abécédaires d’Anne Bertier, l’animalier de Janik Coat et tout une palette d’albums très graphiques. M’est alors vite venue l’idée de leur proposer, puisqu’ils n’en avaient pas, un livre sur les plantes. Ainsi « l’herbier des arbres feuillus d’Europe » est né, fait sur mesure pour eux. Je l’ai envoyé par mail et peu de temps après, j’avais Christine au téléphone : « On sent que tu l’as fait pour nous, on est obligé de le faire ! ». Voilà comment nait une collaboration qui dure maintenant depuis 12 ans.

C’est une maison d’éditions magnifique. Elle ne propose pas le pourcentage de droits, certes, le plus haut du marché (bien qu’à présent elle s’en rapproche très nettement), mais MeMo, c’est le choix d’avoir une vraie liberté de création et une grande qualité d’impression et de façonnage. Mes livres sont beaux, j’en suis fière.

Quelle est votre réalité financière actuelle ? Avez-vous rapidement pu vivre correctement de votre pratique artistique ?

Actuellement, je vis confortablement de mon métier. Quand on est auteur et/ou illustrateur, on ne vit pas que de nos droits dégagés par les livres, il y a tout un microcosme qui se développe autour des albums : des rencontres, des salons, des expositions…, et c’est tout cet ensemble qui permet de gagner sa vie.

Effectivement cela n’a pas été immédiat, j’ai encore jonglé un temps entre illustratrice et graphiste, mais petit à petit, avec les parutions qui se multiplient, les gens ont plus de visibilité sur votre travail et vous êtes plus demandé. Je ne fais actuellement plus de graphisme.

Comment vous saisissez vous de la gestion administrative de votre activité ? Faites-vous appel à un comptable ?

Je me dépatouille toute seule ! Je me tiens au courant des changements grâce à la Charte et je discute avec les autres artistes… Ces derniers m’ont souvent donné des conseils précieux pour ne pas tomber dans certains méandres des divers organismes.  J’essaye à mon tour de conseiller quand je peux. Je me suis beaucoup stressée avec l’administratif au début. Je me suis aussi vite rendu compte que c’était pareil pour tous, nous sommes artistes, pas comptables, on fait comme on peut, il n’y a jamais d’erreur grave que l’on ne puisse corriger, donc il ne faut pas trop s’en faire !

Il arrive parfois que des compagnies de théâtre réalisent des spectacles qui reprennent vos livres. Quel est votre rôle dans ces réalisations et quels sont vos contrats avec ces compagnies ? Etes-vous salariée pour ces activités (cachet d’intermittence) ?

Autant de spectacles, autant de cas de figures !
Il y a les compagnies avec lesquelles j’ai travaillé en proche collaboration, pour lesquelles j’ai travaillé sur les décors et qui m’ont plutôt versé un cachet, pas en intermittence, mais en droits d’auteur.

Il y a aussi des compagnies qui ont travaillé à distance et qui ont négocié les droits avec MeMo en leur versant directement les droits (avec une part, bien sûr, pour moi, clause écrite dans les contrats d’édition).

Très récemment, on m’a demandé de travailler sur un spectacle d’après un de mes livres où je suis sur scène. Là, c’est une commande financée par une municipalité, c’est rémunéré comme des journées de résidence pour le travail en amont et des journées d’intervention pour les jours de représentation…

Plus d’informations :

www.emilievast.com